Le vieux métier de cordier ou la vie d'une corderie artisanale à Thiviers
Et dire que j'ai passé tant d'années aussi près sans en soupçonner l'existence !!! Grâce à Anne, j'ai pu rencontrer Anita qui a repris l'atelier de M. Maneix depuis
2012.
Et Anita fabrique des cordes . Sur le coup, je ne pensais certes pas trouver autant de ficelles et de cordages, de toute texture, de toute couleur ...
Le métier de cordier remonte au moins au moyen-âge puisque des traces de leur corporation ont été retrouvées en 1394.
Les premiers utilisateurs ont été les marins ce qui explique la présence de corderies près des côtes. En 1672, la Corderie Royale de Rochefort est édifiée sous l'impulsion de Colbert.
Les cordages de l'Hermione à Rochefort
La corderie Artisanale de Thiviers a vu le jour grâce au frères Casteix au début du siècle dernier . M. Maneix leur a succédé et maintenant c'est Anita Bocquier, suite à un coup de coeur, qui a relevé le défi de continuer à la faire vivre .
Beaucoup de cordiers travaillaient dans leur village car les agriculteurs étaient et sont très demandeurs de cordes. Ils en ont besoin pour les bêtes, pour limiter les champs ou encore de ficelles pour les bottes de blé .
L'usage de corde ne s'arrête cependant pas là ! Les bateaux, les balançoires, les poignées des cercueils destinés à la crémation n'en sont qu'un petit exemple. Vous utilisez certainement de la ficelle aussi en cuisine ! Mais aussi des sangles, des longes, des câbles ...
Donc, passez aux choses un peu plus techniques !
Les matériaux les plus utilisés sont le chanvre, le sisal, le lin, le tilleul et le crin. Ici, Anita emploie du chanvre, du sisal et du polypropylène.
L'installation consiste en une plaque pourvue de 4 crochets ici, des rateaux et un seul crochet à l'autre extrémité . Il faut tout d'abord faire une boucle sur un des crochets et c'est parti : Anita part à l'autre bout faire passer le fil puis revient passer sur un autre crochet et ainsi de suite . Dans le temps, la torsion des fils était obtenue grâce à une manivelle actionnée au niveau des 4 crochets.Aujourd'hui, cette manipulation est électrique .
Les 4 crochets
Le principe est de produire un toron c'est-à-dire la réunion de plusieurs fils par torsion puis plusieurs torons pour obtenir une corde (en principe 3 ou 4 pour une corde courante).
Ici 3 torons
L'atelier doit être de bonne longueur pour fabriquer des cordes plus ou moins longues . Il ressemble à un grand couloir et à la corderie Bocquier, Anita parcourt parfois en vélo toute sa longueur soit 130 m . Nul besoin de dire que certains jours, les 15 kms sont fait !!
Anita positionne un toupin sur les fils, sorte d'appareil en bois et disposant de 4 rainures. Et là est tout l'art du métier et la première corde s'est formée sans que j'ai pu voir quelque chose, vu la rapidité !!
Le toupin
Une fois les paires de fils torsadés, Anita avance avec le toupin jusqu'à la plaque des 4 crochets
et voilà la résultat!
Bon et bien, la corde faite, il faut arrêter tout ça sous peine de la voir se dénouer . Anita rassemble donc tous les torons sur un seul crochet et nous sort un autre appareil, un épissoir, sorte de gouge qui va lui perrmettre de passer les fils les uns après les autres, de les rentrer et ce, entre 3 et 5 fois suivant l'usage demandé.
Pour bloquer définitivement la corde ensuite, elle la cautérise en la coupant.
Un autre petit détail : pour les grands cordages, les 130m ne sont pas de trop car il y a un petite perte. Pour avoir une corde de 10m, elle prend 15m de fil et forcément pour 100m de corde, les 130m sont là!
Anita prépare une autre corde, de plus grande longueur cette fois-ci et utilise donc une partie de son 'couloir' .
Les fils passent dans le rateau, ce qui évite de les mélanger
Le toupin mis en place et c'est parti
La vitesse avec laquelle Anita passe avec le toupin donne le serrage de la corde: plus elle va vite, plus la corde est lâche et plus elle va lentement, plus la corde est très serrée.
De plus, sur ces grandes longueurs, la corde une fois fabriquée n'est pas immédiatement enroulée mais laissée un peu de côté et attachée sur les crochets pour qu'elle "boive le tors" cest-à-dire qu'elle accepte cette torsion.
Pour fabriquer un rouleau de 100m de ce type, il faut 20mn.
Mais passons maintenant à une autre utilisation des cordes.
Et c'est là que je vous présente Anne et voici le résultat de ces travaux:
Et oui, des corbeilles et Anne en garde jalousement le secret . Elle habille la corde de tissu , coud, modèle et a même détourné les porte-clés d'Anita pour en faire des poignées . Il fallait y penser !!!
Allez donc jeter un oeil sur son site ( dans les liens ) et vous découvrirez son monde de corbeilles .... et aussi de littérature et tant qu'à faire sur l'Inde car
Anne y a fait plusieurs séjours .
Je vous donne les coordonnées de la corderie :
Corderie artisanale BOCQUIER
Anita BOCQUIER
5, rue Edmond Michelet 24800 THIVIERS
05 53 55 29 96 ou 06 15 27 86 32
et un lien dans la rubrique du même nom