Etre carrier à Paussac et Saint Vivien à la carrière Constant !
Et oui, je passe du fer forgé à la pierre et me voici à la porte d'une carrière assez surprenante aux premiers regards car de belles sculptures semblent m' ouvrir le chemin jusqu'à M. Constant, chef de cette entreprise .
Il existe deux types de carrières :
- celle de pierre de taille , qui elle-même se divise en deux :
* à ciel ouvert
* souterraine
- à granulats
La carrière Constant est une carrière de pierre de taille, de calcaire turonien ( qui date du crétacé supérieur et âgé de presque 100 millions d'années ), qui débite 3800 m3 par an .
Nous trouverons ici deux types de calcaire: du fin et du coquillière , c'est-à-dire qui renferme des coquillages fossilisés .
Le calcaire fin , ici d'ailleurs avec une lève que
nous apercevons au milieu.
Il est pratiquement blanc.
Le
calcaire coquillière . Celui-ci tire plus sur l'ivoire
ou coquille d'oeuf .
La famille Constant exploite cette carrière depuis plus de 150 ans et M. Constant est la 7ème génération de carrier.
C'est lui qui va me plonger au coeur de la carrière et me faire découvrir son entreprise !!!
Outre M. Constant et une secrétaire, 9 ouvriers occupent différents postes :
- Le premier est le carrier à l'extraction . Celle-ci se fait à l'aide d'une haveuse qui trace et taille des blocs de 3m
sur 2.40m . Elle fonctionne avec une énorme chaîne au carbure de tungstène et avance à 9m à l'heure .
Les blocs sont traçés .
Je la comparerai à une énorme tronçonneuse sur rail. Un bloc , en règle générale, mesure 1.60 x 1.30 x 1.05
ce qui nous donne un poids de 5 tonnes !! En demande spéciale, ils peuvent atteindre 18 tonnes à l'unité .
Certaines haveuses peuvent tailler horizontalement et verticalement.
Celle-ci va couper le bloc en dessous et en biais, comme une tranche de pain ou saucisson qui ne sont pas coupés droit !!
La taille se fait suivant le lit de la pierre, c'est-à-dire le sens
où les sédiments se sont déposés .
- Le second poste ou plutôt les postes correspondent aux postes sur débiteuse, où sont retaillés les blocs .Et il y a
4 disques et une guillotine :
* La guillotine, peut couper des blocs les plus importants ,
de 1.65m de longueur.
* La 1ère débiteuse est un énorme disque diamant ,
machine française datant de 1964 reconditionnée
( d'où certaines difficultés pour le remplacement des pièces ) .
Elle coupe des blocs de 1.05m de longueur .
M. Constant ici à droite sur la photo.
* La 2ème débiteuse à disque coupe des plateaux de 0.52m
mais taille aussi à la demande.
* La 3ème est automatisée , travaille plus lentement
et peut travailler la nuit .
* La 4ème est informatisée . Le dessin est donnée à la
machine sous forme de disquette .
Ce travail permet de répondre rapidement à des
grosses demandes ou en nombre , telles
des balustrades par exemple .
Les débiteuses à disque diamant ont besoin d'eau pour éviter une surchauffe du disque, contrairement aux chaînes au tungstène qui fonctionne à sec .
Cette eau est simplement de l'eau de pluie récupérée et accumulée dans des bassins.
- Le dernier poste correspond à la taille plus affinée ou à l'unité . Deux ouvriers sont sur ce dernier dont un Compagnon
du Devoir.
De l'extraction à la taille, nous descendons progressivement en grosseur de bloc et le travail est de plus en plus affiné.
Ici, ce bloc a été traçé et la taille est commencée . C'est un
des éléments d'une voute .
Il existe cependant des défauts dans la pierre:
- un défaut horizontal, appelé "une lève", correspond à la superposition des couches de sédiments
et à une cassure dans la pierre ,
A certains endroits, les lèves forment même des vagues. Autrefois, les anciens se servaient de ces lèves pour casser les blocs . Une corde était positionnée dessus puis à l'aide de boeufs, ils tiraient , posaient des coins puis retiraient et tout ça jusqu'à ce que le bloc tombe . Ils avaient tout de même pris la précaution de mettre des granulats, comme une litière, à l'endroit où le bloc était prétendu tombé de façon à ce qu'il n' abîme pas .
- et un défaut vertical, appelé " un poil" , qui est une fissure verticale, due à la formation géologique.
Ce poil traverse la carrière. Son point de départ se situe au niveau
du petit effondrement et on le retrouve à l'autre bout de la carrière
avec cette belle fissure !!
Il est bien évident que les blocs ayant ces types de défaut vont se casser .
Toutes ces pierres finiront chez vous, chez moi, aux monuments historiques car M. Constant fournit autant le public que le privé , en balustrades, colonnes, cheminées, fontaines, funéraire ...
Une carrière ne dépend pas des Bâtiments et Travaux Publics mais se trouve sous protection de l'environnement, dans les 'Mines et Carrières ' .
Une autorisation est nécessaire pour l'extraction et elle est renouvelable tous les 30 ans . Et pendant 30 ans , toutes les 3 ou 4 semaines, un contrôleur vient vérifier le taux de poussière, le bruit ...
Il y a quelques années, un sculpteur , Edmund ASHBY, amoureux de cette pierre, s'est installé ici et ses oeuvres jalonnent le chemin qui mène de la route à la carrière proprement dite . Certaines ont été vendues, d'autres sont encore ici. La ville de Ribérac en a notamment acheté et elles sont visibles devant l'office de tourisme.
Et voilà , je dis au revoir à ce vieux camion qui a dû voir des tas et des tas de blocs de pierre et aussi un grand merci à M. Constant, qui , avec des mots simples, a su
m'expliquer son métier de carrier . Merci aussi à ces ouvriers, d'une grande politesse, qui m'ont autorisée à les prendre en photo.
Dans l'album photos, vous découvrirez d'autres photos sur la carrière .